Avec les caméras numériques qui gagnent en popularité et leur prix de moins en moins élevé, il est normal de se demander ce que l'on peut tirer de ces caméras du point de vue astronomique. Premièrement, il est important d'établir la distinction entre les caméras numériques et les caméras CCD faites expressément pour l'astronomie.

Bien que les deux soient munies du même type de détecteur, un CCD, la caméra conçue pour l'astronomie est équipée d'un système complexe de refroidissement qui lui permet de prendre de longues poses (plusieurs minutes) sans être affectée par le bruit thermique. Quant à la caméra numérique dépourvue de système de refroidissement, elle sera limitée à des poses d'une trentaine de secondes sous peine de voir son image complètement saturée par le bruit thermique. La caméra numérique comporte aussi des avantages. Elle contient toute l'électronique nécessaire pour enregistrer et visionner l'image sans ordinateur, ce qui devient très utile lorsque nous sommes sur le terrain.

Maintenant que vous êtes l'heureux propriétaire d'une caméra numérique, quelles sont les étapes pour la prise d'images numériques réussies? Premièrement, comme la plupart des caméras numériques ont une lentille fixe que l'on ne peut enlever, on est obligé de prendre des photos en mode afocal, i.e. que l'on doit mettre un oculaire dans le télescope et pointer tout simplement la lentille de la caméra sur l'oculaire comme si l'on voulait regarder dans le télescope avec notre œil.  

Une fois que l'on a choisi notre sujet, par exemple Jupiter, on prend plusieurs photos de la planète. Quand je dis plusieurs, je parle d'une centaine de photos. Il ne faut pas oublier qu'avec une caméra numérique, ça ne coûte rien de prendre des photos. Cela nous sera très utile lorsque viendra le temps de traiter l'image. Lorsque l'on a pris nos photos, on peut choisir les meilleures et enlever celles où la turbulence atmosphérique est trop importante ou celles prises alors que le télescope a bougé.


Jupiter: image individuelle prise avec une lunette de 90mm

et un appareil DSLR Canon D60.



Ensuite, vient le temps d'utiliser les logiciels pour augmenter la qualité de l'image. Le premier logiciel que j'utilise est Astrostack: http://www.astrostack.com/. Ce logiciel permet d'aligner et d'additionner plusieurs centaines d'images facilement et rapidement. Pourquoi faire cela? Le bruit est aléatoire, parfois ajoutant de la luminosité, d'autres fois en enlevant. En faisant la moyenne, le bruit aura tendance à s'annuler pour ne laisser que l'image de l'objet. Un autre avantage de faire la moyenne des images est que l'on uniformise les déformations causées par l'atmosphère et que les algorithmes ont plus de facilité à traiter les déformations uniformes.




Jupiter: addiditon de 50 images.



Une fois que j'ai mon image "moyennée", j'utilise un logiciel comme Iris http://astrosurf.com/buil/iris/iris.htm. Ce logiciel gratuit permet d'appliquer tous les algorithmes avancés du traitement de l'image tels que l' "UnsharpMask" (masque flou), la déconvolution, l'égalisation d'histogramme et la décomposition en ondelettes. Je ne décrirai pas en détails ces algorithmes, mais si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas à me contacter.  Le logiciel Iris peut sembler compliqué à utiliser, mais le fichier d'aide en format PDF, quoiqu'un peu lourd, est bien fait et les fonctions y sont bien expliquées.



Voici le résultat, après avoir appliqué un masque flou

et une décomposition en ondelettes.

 

En terminant, malgré leurs capacités limitées pour les longues poses, les caméras numériques offrent de grandes possibilités grâce à leur faible coût d'utilisation et leur simplicité d'opération, surtout au niveau des images planétaires.

 

Par Jean-François Guay

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